Histoires Perdues

On est perdu

— On est perdu, pas vrai ?

Tournant la tête vers lui, je poussais un soupir avant de lui répondre :

— Oui.

— Tu pourrais être un peu plus prolixe, non ?

Il me regardait d’un air boudeur, ses mèches brunes retombant sur ses yeux marron. D’habitude, ils étaient remplis de rire mais seule l’inquiétude les habitait désormais. J’aurais aimé lui dire que je savais parfaitement où nous étions afin de le rassurer mais j’étais aussi désespéré et inquiet que lui.

Tout était de sa faute pourtant. C’est lui qui avait tenu à cette balade dans les catacombes et qui avait trouvé le moyen de nous mettre dans cette situation. Il nous avait perdu. Quelle idée de s’y déplacer sans guide aussi…

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Ça avait pourtant bien commencé. Nous nous étions organisés à l’avance, nous avions prévu les vêtements vieux, les bonnes chaussures, des lampes frontales avec des piles en réserve, de la nourriture et de l’eau au cas où… Nous avions contacté des gens qui l’avaient déjà fait afin de leur poser des questions, de connaître des chemins, on nous avait même fourni cette carte des chemins déjà repérés afin d’éviter de nous perdre…

Mais une fois sur place, Jean avait décidé que ce n’était pas assez drôle comme ça et que nous allions découvrir de nouvelles choses dans les catacombes. Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris de le suivre hors des « sentiers battus » alors que nous n’étions clairement pas prêts pour ça. Je l’ai suivi.

Au début, tout allait bien, il notait les embranchements que nous prenions, pour pouvoir faire demi-tour, au cas où. Et puis il y avait eu la porte. Quelle idée de vouloir franchir cette porte… Nous aurions dû nous rendre compte que c’était mal parti quand nous avons dû forcer pour l’ouvrir. Mais non, nous avons choisi de continuer et d’avancer.

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Et nous voilà, maintenant, assis dans cette drôle de salle, complètement perdus et sans réseau. J’avais peur. J’étais terrorisé même. Mais je lui en voulais également. Et la colère que je ressentais à son encontre était un bon moyen pour me protéger de la peur, de l’idée que nous pourrions rester coincés ici, jusqu’à en mourir. Alors je ne lui parlais pas. Je serrais les dents. Parce que si j’ouvrais encore une fois la bouche, j’allais lui hurler dessus. J’allais être méchant et cruel mais surtout, j’allais être mesquin. Après tout, je méritais tout autant que lui mes hurlements : j’avais accepté de le suivre, j’avais cédé à ses idées stupides. J’aurais dû dire non et le forcer à rebrousser chemin. J’avais choisi de ne pas le faire. J’étais perdu autant par ma faute que la sienne.

Je lâchais un soupir de rage et de désespoir. Me sentant bouillonné, il passa un bras autour de mes épaules.

— Ça ne sert à rien qu’on reste ici. Essayons encore d’ouvrir cette porte.

Je restais immobile, quelques instants, assez longtemps pour qu’il m’appelle, faisant résonner mon nom dans l’air. Je finis par me lever et le rejoindre.

Il était déjà en train de s’escrimer contre cette foutue porte, emplissant l’air de bruits de métal aussi dérangeant qu’envahissant. Pourtant, un autre son parvenait à mes oreilles, plus discret, plus étrange. Il n’avait pas grand-chose à faire en ces lieux. C’était une sorte de clapotis, un bruit régulier, agaçant presque. On aurait dit qu’il pleuvait particulièrement fort à l’extérieur et que ce qu’il entendait, c’était le bruit des gouttes s’écrasant contre une surface.

Comme j’aurais aimé revoir le ciel encombré de nuages sombres, comme j’aurais aimé sentir l’eau froide contre ma peau, comme j’aurais aimé qu’elle glace chacun de mes membres. J’aurais alors été libre, à la surface, loin de mes tourments actuels, en train de me plaindre de cette foutue pluie.

Il est si facile de s’agacer d’un orage mais, c’est quand on en est privé, quand on est piégé en intérieur et perdu, qu’on en vient à le regretter et à en apprécier la beauté. Mon cœur se faisait plus lourd à chaque instant et je serrais les dents, tentant de retenir les cris de désespoir qui se pressaient derrière la barrière de mes lèvres.

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Soudain, je me figeais.

De. La. Pluie.

Bon sang.

La pluie.

Quand il se rendit compte que je ne venais pas l’aider, mon compagnon d’infortune s’arrêta et me regarda avec un air surpris.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Tu entends ?

— Quoi ?

— Il pleut !

Il se figea et tendit l’oreille. Un sourire vint étirer ses lèvres.

— Il faut qu’on suive le bruit ! Ça va nous permettre de retrouver notre chemin, on ne sera plus perdu !

C’était encore un plan aussi dingue que foireux. Ça allait sûrement nous perdre un peu plus. En plus nous n’avions aucune certitude que nous ne retrouverions pas bloqués plus loin ou, pire, que le bruit ne venait pas de derrière la fameuse porte… Ceci dit, l’aurais-je entendu, avec le boucan que Jean avait fait ? Comment avais-je fait pour l’entendre d’ailleurs ? Cependant, ce n’était clairement pas notre priorité à l’heure actuelle. Nous avions trouvé un maigre espoir de nous en sortir. Le cœur un peu plus léger, nous suivîmes le bruit.

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N’hésitez pas à retrouver mes autres histoires perdues.

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